WCMF 25 Jubilee pour inspiration
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- 30 oct. 2025
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 nov. 2025
Du 24 au 26 octobre 2025 se sont tenues les festivités de la 25ème édition du World Creole Music Festival (ci-après dénommé WCMF) aka "The Jubilee year" à Roseau, la capitale de l’île de la Dominique surnommée "The Nature island".
Pour ma part, après plus de 10 ans à tenter de vivre l’expérience du festival qui coincide presque toujours exactement avec ma date d’anniversaire, cette 25ème année de célébration aura été celle qui m’aura introduite et immergée dans ce festival caribéen incontournable pour la 1ère fois.
Ce fut donc ma 4ème fois sur l’île mais ma première dans le cadre de ce grand événement déjà connu par bon nombre de mes confrères et sœurs guadeloupéen.nes.
Quelle expérience ! C’est naturellement que j'ai fait des parallèles avec le festival Terre de Blues (ci-après TDB), déjà en tant que marie-galantaise mais surtout car pour moi c’est bien le seul festival guadeloupéen à l’heure actuelle qui aurait la prétention de se comparer au mastodonte qu’est le WCMF, TDB étant lui à sa 23ème édition en 2025.
Je considère que ces 2 festivals ont une vision commune à savoir la valorisation de leur territoire et une portée commune encore à consolider de part et d’autre : l’international.
Toutefois, en terme de valorisation et de promotion du terroir, du territoire et de la culture locale, le WCMF est loin devant. Alors même que l’effervescence se fait ressentir à tous les recoins du Windsor Park Stadium (nous ne relèverons pas le nom du lieu...), à aucun moment il est possible d’oublier que nous sommes en Dominique.
Le branding du Ministère du tourisme est omniprésent bien que discret. Dès l’entrée sur les lieux, une arche représentant des légendes locales nous accueille, peinte et située dans un espace instagrammable, dédié à la prise de photos et de vidéos, voilà une première façon de s’assurer une présence sur les réseaux où obligatoirement le branding "Dominica" apparaîtra. Un photobooth similaire était présent à Terre de Blues cette même année sur le port comme depuis déjà plusieurs éditions et à l’entrée de l’Habitation Murât (là encore, ne relevons pas le nom).
Nous sommes en Dominique et nous le savons.
Le WCMF est une vitrine pour l’île. Ils savent que certaines personnes sont sur le territoire pour la première fois et ont compris qu’il faut leur donner un aperçu de la richesse dominiquaise afin de susciter non pas l’envie mais bien le besoin de revenir pour en voir plus. Comme ils le disent eux-mêmes : "Come for the show, stay for the view". En ce sens, tout a été pensé pour mettre en avant les talents, la culture et le patrimoine local.
Tout d'abord la musique.
La musique moderne locale est le bouyon alors assurément, elle a eu une très grande place dans ce festival. Discover Dominica a confirmé leur volonté certaine de mettre le bouyon sur le devant de la scène tout au long du week-end : "Le bouyon explose maintenant à l’international et tout le monde doit savoir que ça vient de chez nous. Ça fait aussi partie de notre culture créole".
Ce qui m’a particulièrement marqué et touché est que la scène a autant accueilli les artistes bouyon déjà reconnus à l’international que les petits artistes qui ne déméritent pas. Une très belle façon de donner de la place aux jeunes talents locaux qui là se voient offrir une opportunité incommensurable. Attention, ne vous méprenez pas ! Tout comme TDB souhaite faire le lien entre les Saint-Louis d’Amérique du Nord, d’Afrique de l’Ouest et de la Caraïbe, ce qui nous offre un plateau musical riche et divers en sonorités, le WCMF n’est pas en reste puisqu'il s’attelle certes à promouvoir les musiques caribéennes (Cadence-lypso, soca, dancehall, zouk, bouyon) mais aussi africaines et états-uniennes avec Tiwa Savage du Nigeria cette année (Burna Boy en 2022), Kehlani cette année (qui finalement n’était pas présente mais Akon et Wyclef Jean lors d’éditions précédentes).
TDB depuis plusieurs années propose la scène tremplin située sur le port, au niveau du village Caraïbe. C'est une bonne initiative. Cependant la visibilité est moindre car cela demande au public de se mobiliser en journée, en amont et surtout en plus des grands concerts et off du festival. Même si chaque année, un artiste tremplin a la chance de se produire sur la grande scène, son passage est encore une fois discret car il se déroule à la première heure le vendredi soir, premier soir, généralement soir light du festival TDB.
Au WCMF, ces personnalités locales sont placées de façon stratégique, à un créneau où le Windsor park explose. L’impact est autre. Tout de même, les finalistes du concours START ont pu se produire à ce moment clé cette année à Murât et ont donc pu prétendre à un impact similaire, toutefois, ça reste exceptionnel et ponctuel.
La Dominique est unique et le prouve. Il y a 2 entractes qui m’ont particulièrement retournée tant elles étaient bien pensées. Il faut dire aussi qu’elles tombaient pile dans mon domaine de prédilection : la valorisation culturelle.
1. L’identité culturelle
Lors de la 2ème nuit de concert, juste avant l’entrée de 3 artistes qui ont su faire voyager les festivaliers, dont moi, jusqu'à Roseau contre vents et marées, le Ministère du tourisme nous offre un spectacle de drônes présentant les emblèmes et couleurs de l’île entre autres choses à commencer par le fameux perroquet. De quoi interroger les étrangers présents. Je suis sûre que certains se sont questionnés sur le choix spécifique de cet oiseau pour emblème, le sens des couleurs et éléments du drapeau (et j'espère qu'ils ont mené leurs recherches). "Vous êtes en Dominique, pas ailleurs. Nous sommes uniques", c'est bien ainsi que je l’ai reçu.

L’identité culturelle était valorisée à chaque entracte et même au-delà. Pour faire patienter tout un chacun alors qu’il commande ses bakes ou son tifig é lanmori, un groupe local de bouyon ou de musique traditionnelle, avec des danseurs en wòb a kò dans le cas de ce dernier, amplifie l’immersion au cœur du patrimoine de Waitukubuli (nom Kalinago de l’île).
Pour aller plus loin, ce festival qu’est le WCMF, se déroule volontairement lors du mois et du week-end du créole. De fait, pour cette 4ème visite, 1er WCMF, j’ai été agréablement surprise de voir du madras absolument partout : dans la foule via la tenue des festivaliers, sur scène par la tenue de certains artistes, dans les bars ou les coins restaurants, porté par le staff. En plus du madras, le créole était om-ni-pré-sent (chose que je n’avais quasi jamais expérimenté à d’autres périodes de l’année et dans d’autres régions de la Dominique). Un réel effort a été mené par tous les acteurs, avec le concours de présentateurs et d’artistes guadeloupéens, pour là encore une fois attester que nous sommes bien en Dominique lors du mois du créole et que cet événement porte le nom de "Creole festival" pour une raison.

Pendant ce temps, à Murât, au niveau de l’espace restauration c’est le calme plat alors qu'il peut y être installé une scénette proposant au moins des prestations de quadrille, de Mangofil ou autres animations valorisant les talents marie-galantais. Quant aux entractes, je considère qu'elles sont inexistantes car des publicités de la Région Guadeloupe et du Conseil Départemental sur fond de musique d’ascenseur ne valorisent pas notre Grande Galante.
Aux vues de la population chauvine et fière que nous sommes, quitte à rester sur des publicités, autant diffuser des spots qui pourraient promouvoir notre authenticité et unicité à savoir des clips sur la confection du siwo batri / bonbon siwo / kaka bèf, les charrettes à bœufs, courses de bœufs tirants chez Jovial, le chodaj / bébélé, nos 100 moulins, nos mares, nos punchs / rhums, nos sites incontournables, notre population, bref ce qui fait de la Galette une destination unique.
Je tiens à souligner que ces 2 festivals ont à cœur de valoriser l’artisanat et le savoir-faire local. Au WCMF, le jardin botanique situé à 2 minutes du stade accueille durant plusieurs jours en amont des grandes festivités le "Ti Vilaj Kwéyòl". Il s’agit d’un espace familial, pensé aussi pour les enfants et scolaires, qui met en lumière des stands d’artisans et artistes locaux allant de la maroquinerie aux cosmétiques en passant par l’agro-alimentaire. À TDB, le village Caraïbe est mis en place sur les 4 jours de festivités, sur le port valorisant le même type d’acteurs. Il n’est donc pas uniquement question de musique et d’amusement.
2. La richesse du carnaval
La Dominique est une île indépendante bien qu’intégrée au Commonwealth. Le tourisme est l’un de ses principaux leviers économiques. Après avoir longtemps axé son image sur l’aspect nature, rando, calme et sérénité, l’île veut également se positionner comme étant un lieu de fête de choix. Mais attention, faire la fête en Dominique ce n’est pas comme faire la fête à Trinidad ou à la Barbade et ils veulent le faire savoir.
Ils ont encore une fois profité d'une entracte stratégique, à une heure de grande audience pour nous inviter, grandeur nature, au Mas Dominik aka "The real Mas" (leur appellation n’est pas le sujet, calmez vous).
En plus de nous immerger dans une courte expérience mais intense du Mas Dominik, cela a été amené de façon pédagogique. En effet, la genèse du carnaval dominiquais nous a été présentée de façon claire et structurée. Tout commence par l’entrée sur scène d’un groupe de Lapo Kabwit (je crois), musique ayant d'ailleurs inspirée l’actuel bouyon. Puis se joignent progressivement à eux, de façon chronologique les divers Mas et costumes apparus au fil des années dans le Real Mas : les filles aux rubans, mas a hannyon, big bottom ladies, stilt men (à ne pas confondre avec les Mokojumbies), le "pretty mas". Ils nous donnent littéralement rendez-vous dans quelques mois pour y prendre part. J’ai trouvé ça génial et tellement logique !
Encore une fois, obligée de comparer avec la Guadeloupe. Nous avons un carnaval si riche avec des facettes tellement diverses et variées. Bien que le public de TDB, soit majoritairement local, qu’est-ce qui nous empêche de promouvoir ainsi un autre pan magistral de notre culture locale pendant une entracte de 30 minutes au lieu de regarder le changement de plateau sur fond de silence total ?
Nous aimons dire que les petites îles indépendantes n’ont pas nos moyens pourtant elles font plus que nous. Au-delà du fait que nous pouvons avoir les pieds et les mains liées dû à notre statut de département français, je crois qu'il y a quelque chose qu'ils ont et que nous n’avons pas : la niaque.
Car lorsque Marie-Galante veut se distinguer et être autonome sur certains points, elle sait le faire. Cela signifie que rien n’est impossible.
A bien d’autres égards le WCMF 25 Jubilee est, je pense, source d’inspiration pour notre festival phare : sécurité, gestion de la foule, services en espace VIP et VVIP (assises confortables, massages, parapluies à disposition), fluidité à l’entrée (0 temps d’attente), et plus. Une source d’inspiration pour le meilleur et avancer ensemble main dans la main.

Super article! Tu as tellement bien résumé l’ambiance du festival, on se régale à tous les niveaux et culturellement on est bien servi! Thank you DA.