De la République Dominicaine à Haïti
- Get FWI

- 14 déc. 2018
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 déc. 2018
Deux mondes se partageant l'île d'Hispaniola.
La République Dominicaine était loin d'être en tête de liste de mes destinations caribéennes. C'est par la force des choses que je m'y suis retrouvée. Haïti, au contraire, j'en parlais déjà depuis des années. Après la Jamaïque, c'était l'île que je souhaitais découvrir absolument et voir de mes propres yeux.
En allant à RD par défaut, j'y ai donc vu l'occasion de visiter sa sœur siamoise, Haïti...
Hispaniola, une seule et unique île, à l'hospitalité hors pair. Que ce soit du côté espagnol ou du côté français, la population y est adorable. C'est un peuple extrêmement accueillant, chaleureux, heureux de rencontrer des frères caribéens.
Beaucoup de dominicains ont répondu joyeusement "Somos vecinos!!!" à ma réplique "Soy de Guadalupe", et ce, contre toutes attentes.
Très vite, je me suis faite des connaissances à RD. Je marchais dans mon quartier, saluais à la chaîne les visages déjà devenus familiers comme si j'y avais grandi. Il était merveilleux d'échanger avec une telle facilité et complicité avec les gens rencontrés, que ce soit dans la rue, à la bibliothèque ou sur divers sites.
Les haïtiens rencontrés là-bas ont renforcé ce sentiment de bien-être grâce au petit plus que nous partageons: le créole.
Des échanges linguistiques enrichissants
Je n'aurais pas pu avoir un meilleur bagage que mes compétences linguistiques.
Le Créole est ma langue maternelle, la même langue qui se trouve être la langue officielle en Haïti.
Qu'est-ce que ça m'a fait du bien de ne discuter qu'en créole, bien plus qu'à Sainte-Lucie qui a, paradoxalement, une langue régionale qui se rapproche encore plus de la mienne.
C'était beau, fluide, sans vulgarité. Je le souligne car là d'où je viens, cette langue est encore dépréciée et le "fwansé" reste pour beaucoup la langue des personnes éduquées et à l'avenir prometteur...
Eux, comme nous-mêmes, étaient ravis de noter les différences entre nos créoles et ajouter ainsi des mots de vocabulaire, synonymes ou expressions.
Par moments j'étais obligée d'adapter mes phrases afin que mes propos soient plus clairs pour eux.
Quand en Guadeloupe on dirait "Ola nou sav trapé on kar?", ils diraient "Koté nap trapé on taptap?". Le propriétaire de notre logement a ri aux éclats quand je lui ai dit "Nou pa ni klé a kaz-la"; "Nap pa gen klé lakay-nou" me suis-je reprise.
Il a signifié qu'il adore entendre l'accent des guadeloupéens et cherche à apprendre notre créole aussi. "Biten", il ne connaissait pas, et est heureux d'avoir enrichi ainsi ses connaissances.
J'ai eu l'occasion de rencontrer une haïtienne parlant l'Espagnol comme une native et inversement une dominicaine s'exprimant si bien en créole, en mettant si bien le ton ET l'accent que j'ai même trouvé ça sexy.
A la frontière, tous les haïtiens parlent espagnol et roulent les R comme de vrais "pannyòl". Je les observais avec une telle admiration. Sa bèl toubòlman.
Deux nations ayant du mal à cohabiter A RD il y a très peu de nègres. C'est la deuxième fois que lors de mes voyages dans la caraïbe je me suis sentie si différente du peuple, physiquement parlant, la première ayant été à Puerto Rico. C'est uniquement à l'approche de la frontière qu'on commence à apercevoir un nombre plus important de noirs. Passée la frontière, je n'ai plus vu ne serait-ce qu'une personne à la peau "chapé" comme on dit chez moi. Et là ça me frappe.
Comment pouvons-nous être plus métissés en Guadeloupe que ne le sont ces deux nations vivant côte à côte?
Deux choses m'ont permis de réaliser à quel point ni l'une, ni l'autre ne souhaite cohabiter:
La difficulté de trouver des gourdes haïtiennes à RD et vice versa. Il est plus facile de trouver des euros et payer avec à RD que de trouver la monnaie de l'île voisine et ce même dans les locaux de la compagnie de transport effectuant la traversée. WTF
Le fait qu'il y ait deux bureaux de douane bien distincts pour une même frontière. Passés la frontière, nous effectuons un premier arrêt à la douane et immigration dominicaine, remplissant un document que nous devrons remplir de nouveau à notre grand étonnement 500m plus bas dans la douane et immigration haïtienne.
Pourquoi ne pas faire une seule et même structure avec un bureau RD, un bureau Haïti? Nous dirons que ça crée de l'emploi...
Dans le sens RD/HAÏTI, le contrôle se fait très vite, sans action particulière quelque soit la douane. A l'inverse, en sortant d'Haïti, la douane de RD prend les empreintes de tout le monde, fouille les bagages, vous questionne sur le pourquoi du voyage...
Vive la méfiance. Une même île mais deux pays bien distincts Dès le passage de la frontière, on réalise clairement, ne serait-ce que dans le paysage qu'on change de pays.
Ma première vision représente des gens se baignant nus dans la rivière en attendant que leurs linges étendus sur les parcelles de terre sèchent.
S'en suit une vague incessante de détritus tout le long du chemin jusqu'au centre-ville où cette vague se transforme en tsunami...
Je pensais RD sale et polluée, j'ai été choquée de l'état d'Haïti au niveau environnemental.
Nous marchions dans les rues en apnée à cause de l'odeur nauséabonde des déchets qui tapissent les trottoirs et les routes. Les yeux plissés pour limiter l'entrée des résidus, car il y a tant de poussière que même les arbres sont empoussiérés... Bonne chance aux asthmatiques.
Je m'attendais à voir de la misère, ce que j'ai finalement vu est un peuple à qui des valeurs environnementales doivent être inculquées en urgence. Car malheureusement, ce sont les petites îles comme la mienne qui paieront en premier le prix de leur inconscience...
Deux peuples qui ne partagent pas les mêmes valeurs
A RD, j'ai été choquée de voir à quel point ils vénèrent la famille Colomb et autres colonialistes et esclavagistes de l'époque. Les sites historiques que j'ai visités m'ont été présentés fièrement par les locaux comme étant le très cher Héritage que leur ont laissé leurs maîtres espagnols... des nègres de maison comme dirait Kalash.
En Haïti, c'est avec joie et enthousiasme qu'ils m'ont fait découvrir les vestiges des forteresses et du palais du 1er Roi d'Haïti, Henri Christophe, bâti dès la prise de l'indépendance. ÇA c'est un héritage à chérir selon moi.
Pour conclure,
Même si initialement je me suis retrouvée à RD malgré moi, c'est sans regrets que j'en repars. Je n'aurai jamais imaginé tout ce que j'aurais appris et compris de par ce premier voyage. Je dis premier car oui, j'y retournerai avec plaisir. En espérant que d'ici là, leur habilité à conduire de façon sécurisée se soit améliorée...
Du côté d'Haïti, j'en étais clairement qu'à ma première visite. Une île avec tant de potentiel et si belle se doit d'être connue de tous et surtout choyée par ses habitants. Je vous en prie, peuple haïtien, réveillez-vous, on n'a plus le temps d'ignorer l'éco-citoyenneté et le développement durable !
A tanto









































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